L'annonceur

LA TRIBUNE LIBRE

Dernière prière

Pour l'instant faisons le deuil d'un bien du patrimoine qu'on a pas su conserver.

Par Mario Courchesne [12/07/2016]

Ben voilà, elle n'est plus que souvenir mon garçon. Mais encore, raconte-moi comment c'était? Pour ma part, mon intronisation dans le Temple de Dieu a été plutôt rock'n'roll. Il a fallu que ma tante Thérèse me porte d'urgence à pied à travers champ et bouette jusqu'à la route nationale3 au P'tit canot, de là tout de go me faire baptiser pour ne pas sombrer dans les limbes parce que j'étais condamné à mourir dans les heures suivantes. Faut croire que l'eau bénite est bénéfique. À cette époque, 1953, nous étions obligés de fréquenter la maison du Seigneur car nous pouvions mourir à tout instant en état de péché mortel et rôtir dans les flammes pour l'éternité. Aussi loin que je me rappelle, tout petit, ma première messe de Minuit, en cheval je crois, avec tous ces chants lumineux qui nous rendaient radieux en attendant le déballement du cadeau de grand-maman Clorida, une orange et une barre de chocolat, le bonheur. Plus tard, l'achat de mon premier habit, quasi tout neuf, acheté au Bric-à-brac pour ma première communion solennelle et puis le soufflet de Mgr Albertus Martin lors de ma confirmation. Que d'émotions! Mais le plus terrifiant, la première fois et même les suivantes, était le confessionnal. Entrer dans cette boîte à péché et tout révéler au curé, comme jouer au docteur avec ses amies ou faire de la peine à sa mère, et en inventer aussi car souvent on était en rupture de stock. Un des grands moments historiques que j'ai en mémoire a été la cérémonie entourant le décès tragique de M. Paul Comtois en 1966. L'église était pleine à craquer, le deuxième jubé était rempli de religieuses, nous de l'école étions au premier jubé non loin du grand orgue tandis que le parterre était garni de politiciens très importants. Les honorables Lester B. Pearson, John Diefenbaker, Daniel Johnson et Jean Lesage pour ne nommer que ceux-là. Toutes les statues ainsi que les fenêtres drapées de voiles noirs et mauves faisaient peur et nous tremblions au son de chants mortuaires à la fois tristes et libérateurs. Que de frissons! Et puis on a grandi, l'église s'est transformée, le curé a cessé de tourner le dos aux bons chrétiens que nous étions et de monter en chaire pour dénoncer les vilains. Elle s'est dépouillée tranquillement de ses trésors, au grand bonheur des antiquaires. Les chants latins ont disparu et sont devenus à gogo. Que de souvenirs et bien d'autres encore. J'imagine que le curé Maurault a dû se tortiller quelque peu dans sa tombe en voyant le gros pic du démolisseur s'avancer devant son oeuvre qui, soit dit en passant, a été érigée dans le péché sans l'aval de son évêque ce qui a attisé une guerre de clocher avec l'autre côté de la rivière. Mais cela est une toute autre fresque historique à raconter. Pour l'instant faisons le deuil d'un bien du patrimoine qu'on a pas su conserver. On dit qu'il ne faut pas s'attacher au bien de la terre mais il est quand même de notre devoir d'essayer de préserver quelques monuments, histoire de léguer du passé toujours vivant à nos petits-enfants.

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