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LA TRIBUNE LIBRE

La face cachée du cours Éthique et culture religieuse ...

Un ouvrage à mettre entre les mains des parents et des professeurs.

Par Lionel Émard, prêtre [22/09/2016]

Même si les 14 auteurs de l'ouvrage, La face cachée du cours d'Éthique et culture religieuse (1), ont plutôt une opinion négative des religions, certains une dent contre elles, l'ouvrage mérite d'être mis entre les mains des parents et des professeurs. L'opinion négative de la religion ne les amène pas jusqu'à refuser toute réflexion à l'école sur la place de la religion et du fait religieux dans l'espace public ; ils désirent que ce soit fait 'correctement'.

'Correctement' signifie que la religion et le fait religieux soient également objet d'analyse critique, ce qui, pour les auteurs, n'est pas le cas le pour le volet de la culture religieuse ; alors qu'on accepte la dimension d'analyse critique pour la dimension éthique, il n'en est pas question pour la culture religieuse selon les auteurs. Difficile de ne pas donner raison aux auteurs de l'ouvrage quand nous lisons, sous la plume d'un ardent artisan et défenseur du cours ECR, ceci : 'Les questions religieuses et les options séculières qui leur sont corollaires ne sont pas objets de discussion. Un programme de culture religieuse doit inculquer le respect absolu de toute position religieuse ... Le dialogue sur les questions religieuses ne peut donc se proposer les mêmes perspectives critiques ou dialectique que dans le domaine éthique.' (p. 114) Daniel Baril, qui cite Leroux, conclut : 'ECR exclut donc la critique et les aspects conflictuels des religions au nom du « respect absolu », une position intellectuellement indéfendable.' Sur ce point, on doit donner raison à Daniel Baril.

Il ne faut pas voir dans La face cachée du cours ECR une charge à fond train contre ce cours mais les failles majeures du cours ECR ; le titre de présentation résume bien la pensée des auteurs : 'Regards critiques sur un cours dénué de pensée critique.' (p.9) On peut dire que les auteurs ont mis en pratique le dernier chapitre du livre : 'L'enrichissement du programme d'éthique par la pratique du dialogue philosophique.' Les auteurs de ce chapitre décrivent le dialogue philosophique ainsi : 'Il s'agit de mettre en place des conditions permettant aux élèves de penser par et pour eux-mêmes, avec les autres ; de favoriser le mieux possible le « vivre-ensemble » par le respect des différences, l'ouverture d'esprit, l'écoute et l'autocorrection ; de créer des conditions d'apprentissage centrée sur une véritable formation de la pensée, et ce, en accordant une attention particulière au développement de la pensée critique, créatrice et attentive des participants.' (p. 274) On est loin de la pensée de Leroux pour qui 'Les questions religieuses et les options séculières qui leur sont corollaires ne sont pas objets de discussion.'

L'ouvrage contient deux parties : 'Des aspects méconnus et inacceptables' (pp. 23-182). 'Des solutions de rechange pour développer la pensée critique' (pp. 183-287) Tout au long de la lecture, on se met à désirer une réponse de la part des artisans du cours ECR ; la première partie s'appuie sur ce que les manuels d'élèves et de professeurs disent et demandent de faire ; plutôt étonnant qu'il n'y ait pas plus de levée de boucliers de la part des parents et des enseignements face à ce cours ECR.

Les propositions avancées par les auteurs de la 2e partie de l'ouvrage ont le mérite de proposer une culture religieuse qui respecte l'intelligence humaine, et le principe de la séparation de l'État et des religions qui, selon les auteurs, n'est pas présent dans le cours ECR.

(1) Sous la direction de Daniel Baril et de Normand Baillargeon, La face cachée du cours Éthique et culture religieuse. Montréal, Léméac. 2016, 293p.

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