L'annonceur

LA TRIBUNE LIBRE

Notre foi et notre langue

Il ne s'agit pas de revenir à la religion d'avant les années 1960.

Par Lionel Émard, prêtre [23/06/2017]

Au Québec, jusqu'aux années 1960, nous savions ce que nous célébrions le 24 juin; aujourd'hui, nous ne savons plus trop.

Une chose est certaine, la religion a pris le bord; quant à la langue française, plusieurs préfèrent avoir un profil bas pour ne pas effaroucher la finance et le nouvel arrivant, avec comme résultat, nous du Québec, ne savons plus trop qui nous sommes. Le 24 juin on sort le fleurdelisé, on chante: 'Gens du pays' et quelques autres chansons du genre, et le 25 on remballe tout cela jusqu'à l'an prochain, s'il y a encore un an prochain.

Il ne faudrait pas blâmer le nouveau venu pour tout cela, il occupe simplement la place que NOUS avons abandonnée; peu importe la raison ou le motif de l'abandon de la place que nous occupions, le fait est là. Nous faisons quoi ? Peut-on reprendre la place que la foi et la langue occupaient dans le passé ?

Réglons quelques points; il ne s'agit pas de revenir à la religion d'avant les années 1960; cette religion, symbolisée par le 'petit Saint-Jean-Baptiste', de la parade de la St-Jean, était une religion enfantine et soumise; quant à la langue, elle était mal parlée par ceux que certains regardaient comme des porteurs d'eau; les pièces théâtrales Demain matin, Montréal m'attend et Les Belles-Soeurs de Michel Tremblay ne sont pas une apologie de la langue parlée par les personnages de l'auteur, mais une révolte sourde de la condition socio-économique des gens de l'époque.

Que devons-nous faire ? Au plan de la religion, nous éveiller à une foi personnelle et raisonnée; nous avons besoin de croyants ou d'athées intelligents, en somme des personnes capables de rendre compte de leur foi ou de leur athéisme avec respect, douceur et intelligence.

Cessons de croire et de dire que la langue de la réussite et des affaires est l'anglais; ceux qui y croient se fourvoient, que feront-ils, lorsque le mandarin ou autre langue d'Asie et des Indes deviendront la 'langue des affaires' ? La langue ne doit pas être une barrière qui empêche d'aller à la rencontre de l'autre; elle est le signe de la rencontre d'un JE et TU. Dans son ouvrage, au titre évocateur, La vie en dialogue (Aubier-Montaigne, 1959), le philosophe Martin Buber consacre tout un chapitre sur la distinction entre le JE et le TU; si l'un des deux mots disparaît, il est remplacé par CELA, c'est-à-dire un être impersonnel ou une chose.

Si nous abandonnons notre langue, ne soyons pas offusqués que l'autre nous perçoit comme un CELA plutôt que comme un TU. Qui sommes-nous, que désirons-nous être ? Profitons de La Fête du Québec pour nos poser ces questions.

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