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LA TRIBUNE LIBRE

Pourquoi ces paroles si dures de la part du Pape François ?

Un fait demeure, il faut aussi se demander comment sa parole va être reçue et surtout diffusée.

Par Lionel Émard, prêtre [12/10/2018]

Quand j'ai lu ces mots du Pape François: « Est-il juste de supprimer une vie humaine pour résoudre un problème ? Qu'en pensez-vous : est-ce juste ? ... Est-ce juste d'engager un tueur à gages pour résoudre un problème ? On ne peut pas, ce n'est pas juste, 'd'éliminer' un être humain, même petit, pour résoudre un problème. C'est comme engager un tueur à gages pour résoudre un problème », j'ai eu mal, j'étais triste.

Certes, il faut lire toute la catéchèse du Pape François sur ce commandement de Dieu 'Tu ne tueras' donnée le 10 octobre dernier pour saisir les nuances de sa pensée; mais un fait demeure, il faut aussi se demander comment sa parole va être reçue et surtout diffusée. Je prends un exemple de réception du message du Pape, celui du Journal de Montréal, jeudi 11 octobre 2018, à la page 25; en gros titre on lit : « Le pape compare l'avortement au recours à un tueur à gages. » Dans le même article, le journal rappelle les paroles du pape en juin 2018 qui « avait déjà comparé l'avortement pratiqué en cas de handicap du fœtus à un eugénisme 'en gants blancs' comme celui pratiqué par les 'nazis'. »

Je ne veux pas minimiser ou banaliser l'acte d'avortement, mais en lisant la catéchèse du pape et en m'interrogeant comment ses paroles vont être reçues et même interprétées particulièrement de la part de certaines personnes anti-avortement, j'ai pensé à ces femmes, à ces jeunes filles qui ont vécu ou vivent un avortement et la tristesse m'a envahi. Comment les personnes souffrantes vont croire en la parole de compassion, de miséricorde que l'Église prêche après avoir attendu de telles paroles si dures sur l'avortement ?

Si je dis des paroles dures sur un tueur à gages, je n'ai pas trop à craindre de le blesser davantage, mais si j'adresse ces mêmes paroles à une femme en détresse ou de vulnérabilité est-ce que je ne risque pas de la blesser davantage ? Ces mots de l'Apôtre me viennent à l'esprit: Qu'il reste debout ou qu'il tombe, cela ne concerne que son Maître. (Romains, 14, 4).

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