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LA TRIBUNE LIBRE

La loi sur la laïcité de l'État ; est-ce nécessaire ?

Une législation sur la laïcité de l'État aide à poser la ligne de séparation entre l'État et les religions.

Par Lionel Émard, prêtre [10/05/2019]

Idéalement, une législation sur laïcité de l'État ne devrait pas être nécessaire, mais l'état actuel des choses en montre la nécessité.

Lorsque les prêtres, les religieux et religieuses ont commencé à laisser leur signe religieux, vers la fin des années 1970, Monseigneur Albertus Martin, alors évêque de Nicolet, avait donné ce conseil aux prêtres de son diocèse: Servez-vous de votre raison pour le port ou non du col romain (signe distinctif des prêtres) que ça ne soit pas toujours ou jamais. À cette époque, la majorité des prêtres ne portaient plus la soutane, même à l'intérieur de leur institution religieuse. Que s'était-il passé pour que les prêtres, les religieuses et religieux ne portèrent plus leur signe distinctif sans qu'aucune loi n'ait été édictée lorsqu'ils occupaient un poste dans les services de l'État, soit comme enseignant(e), infirmière ou tout autre fonction ?

Pour la majorité d'entre eux, c'était pour respecter le caractère laïc de l'institution où ils étaient en poste. Certes, on ne parlait pas de "neutralité" de l'État, mais ils avaient compris qu'ils n'avaient pas à afficher leur foi ou appartenance religieuse le temps de leur prestation de service dans l'appareil de l'État.

L'« abandon » de signes religieux par les prêtres et religieux n'a pas été sans grincement de dents pour certaines personnes au sein de la population catholique laïque; aujourd'hui, ces mêmes personnes, qui voient l'apparition de nouveaux signes religieux dans l'espace des services publics de l'État, se demandent ce qui se passe maintenant ?

Il se passe qu'au nom des Chartes canadiennes et québécoises certains affirment que l'État n'a pas à se mêler de la façon dont les individus vivent et manifestent leur croyance et appartenance religieuses. La question qui se pose alors est celle-ci : La liberté de religion est-ce un droit si absolu qu'un État ne peut pas, par législation, tracer une ligne où un individu n'a pas à exprimer sa foi où appartenance religieuses durant sa prestation de service au sein de l'État ?

Ont-ils raison de s'interroger, de s'inquiéter ceux qui voient ce nouvel envahissement du religieux dans les services de l'État ? Bien naïfs sont ceux qui pensent et croient que ça va bien se passer sans législation ; nommez une seule religion qui ne cherche pas à occuper toujours plus d'espace dans la sphère de l'État ? Chez nos voisins du Sud, sous la pression de groupes religieux, des écoles publiques doivent enseigner la théorie créationniste et taire la théorie de l'évolution au nom de la liberté de religion; pourtant, c'est dans un pays où, dans leur Constitution, il y a la séparation de l'État et de la religion. Une législation sur la laïcité de l'État aide à poser la ligne de séparation entre l'État et les religions.

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