L'annonceur

CHRONIQUE

Lettre à Jean le Baptiste

Petit voyage dans le temps, reportons-nous au tournant des années 70...

Par Mario Courchesne [18/06/2020]

Salut mon vieux ! Comment va la vie dans le royaume des cieux ? Là-haut, pas trop de soucis viraux. Si je me permets de t'écrire, c'est par besoin d'information, pour te donner des nouvelles et te demander une petite faveur. En premier lieu, si tu es d'accord avec mes propos et mes dires, tout en sachant bien que tu me lis en même temps que j'écris, ça serait de te faire connaître de la part de mes semblables, car je crois que plusieurs, dont moi-même, ignorent qui tu es.

Alors mon cher Jean le Baptiste, mieux connu comme étant Saint-Jean-Baptiste, patron des Canadiens français. Grosse besogne par les temps qui courent. Tu permets que je te tutoie. Qui es-tu vraiment ? À scruter les écrits anciens, ce n'est pas évident de se faire une tête à ton sujet. Deux grandes religions revendiquent la paternité. Selon la tradition chrétienne, on dit de toi que tu étais un prédicateur hors du commun dont la verve exaltante éblouissait et soulevait les foules. Tu aurais même baptisé le Christ. C'est comme si Céline Dion ou Robert Lepage venaient me rencontrer pour que je fasse la mise en scène de leurs spectacles au Théâtre Belcourt. Quelque peu boiteux comme comparaison, mais bon, je ne serai jamais un saint non plus. Toujours selon la chrétienté, en tant que prophète de l'Apocalysme à dénoncer les truands, les rois et les puissants, cela a fait en sorte que ta tête fut tranchée et ton dernier regard sur l'humanité fut dans les mains de la belle Salomé. Destin tragique digne du grand Shakespeare. En même temps, selon la version musulmane, il est écrit dans le Coran que c'est Allah lui-même qui t'aurait envoyé comme prophète auprès de son peuple. Petit vlimeux, tu étais donc au deux. Sorte d'accommodement raisonnable de l'époque.

J'aime bien imaginer tes discours-fleuve aux abords du Jourdain et dans le désert de Judée à prêcher la parole de Allah et de Dieu. Dans ce contexte de la parole, laisse-moi te présenter deux grands humanistes et orateurs québécois qui ont marqué le parcours de notre nation et celle de la petite histoire pierrevillienne. Petit voyage dans le temps, reportons-nous au tournant des années 70. Cela se passe dans la salle du centre culturel, aujourd'hui converti en bureau municipal. Nous sommes une cinquantaine de personnes qui attendent fébrilement le début de la rencontre. L'homme apparait devant nous avec une cigarette dans une main et une craie blanche dans l'autre. Nous sommes suspendus à ses lèvres. Il nous dit que le Québec pourrait être un pays. Il écrit sur un tableau noir, toutes les bonnes raisons pour le peuple québécois de se libérer de l'emprise du fédéralisme. Nous assistons avec son créateur, René Lévesque, à la raison d'être du Parti québécois.

Deuxième fait d'armes de la part d'un personnage qui te ressemblait à certains égards. Milieu des années 70. Une grève générale sévit à l'usine de camions incendie Pierreville Fire Trucks de Saint-François-du-Lac.Les grévistes et la population sont rassemblés dans le parc près du pont Lafrenière pour la tenue d'une marche dans les rues de Pierreville. Le parc est bondé de monde. Ça déborde. C'est plein de chars de police tout autour. Un homme s'avance au milieu de la foule. Il grimpe sur un banc. C'est le silence total. Il se met à parler. Et quelle parlure ! Pendant une vingtaine de minutes, il nous martèle des phrases-chocs pour que cesse l'exploitation des travailleurs par les riches exploiteurs et pointe du doigt la police qui les protège en utilisant de gros mots pas très catholiques. Nous sommes survoltés et prêts à enclencher la révolution. Autre moment sublime d'éternité en compagnie de Michel Chartrand. Alors, comme le 24 juin arrive à grands pas, voici ma requête. J'imagine que tu es bien situé là-haut pour avoir écouté attentivement sur écran rond et non plat toutes les nouvelles pas toujours très belles de ta bonne vieille terre. Tu es sûrement bien au fait des tourments profonds qui atterre tes fidèles québécois. Tous ces aïeux disparus, chagrins et grande tristesse !

Alors, cette année, oublie les grosses Saint-Jean à ton honneur, réunissant une brochette d'artistes remarquables et des foules multiethniques gigantesques en liesse. Cette année, cela se passera en petit groupe restreint dans nos chaumières. De ton vivant, tu as été considéré comme étant un révolutionnaire. J'imagine qu'actuellement tu n'es pas assis à la droite, mais à la gauche du Père. En souhaitant qu'il ne soit pas dur d'oreille ou anti-gauchiste, pourrais-tu lui soutirer la formule magique qui permettrait d'enrayer la Covid et de l'insuffler en songe dans la tête d'une jeunesse québécoise qui pourra par la suite la redonner gracieusement à l'humanité entière ? Après cette guérison miraculeuse, je te promets que tu auras en 2021 une fête nationale phénoménale qui marquera les mémoires. Comme le dit si bien notre devise, on s'en souviendra longtemps, même après la fin des temps.

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