L'annonceur

RÉGIONAL

Monsieur Réjean Traversy, tenancier de l'Hôtel Traversy

Ayant terminé ses études au collège, au milieu des années '50, Réjean Traversy débute sa carrière de tenancier à plein temps.

TraversySitué au coin des rues Georges et Maurault à Pierreville, le début de la construction de cet énorme édifice pour l'époque s'est amorcé en 1937.
PHOTO PIERRE TRAVERSY

Par Alain Dubois [10/12/2020]

Henri Traversy et son frère Ubald étaient tenanciers d'hôtels, dont le Central à Pierreville et l'hôtel de Baie-du-Febvre. Au milieu des années '20, Henri décide de vendre l'Hôtel Central et d'acquérir une terre dans le rang du Petit-bois et achète quelques têtes de bétail, et c'est en 1932 que naîtra son fils Réjean Traversy. Toutefois, on est à l'époque de la Grande Dépression et le prix du bétail s'effondre, comme tous les autres actifs de l'époque. Ayant résisté à la tentation de vendre à perte, quelques années plus tard sa patience sera récompensée. Après cet épisode à la vie campagnarde, il fait un retour aux sources et décide alors de construire le fameux Hôtel Traversy.

Situé au coin des rues Georges et Maurault (route 132) à Pierreville, comme on peut l'entrevoir encore aujourd'hui sur la façade du bâtiment, le début de la construction de cet énorme édifice pour l'époque s'est amorcé en 1937. Il faut savoir que c'est le côté du bar qui fut construit dès le début puisqu'avec l'arrivée de nouveaux travailleurs venant trouver du travail à la toute nouvelle usine de fabrication de camions à incendie, il y avait urgence d'offrir une place pour ces nouveaux citoyens pour qu'ils puissent se détendre. Il faut savoir que l'édifice prenait alors place de 3 commerces existants. Plusieurs personnes disaient alors que l'édifice en devenir allait être bien trop grand. Quoi qu'il en soit, une fois la partie du bar construite et en fonction, ce fut le reste de la bâtisse qui sera érigée rapidement par les gars de Charles-Édouard Descôteaux.

Ayant terminé ses études au collège, on se retrouve alors au milieu des années '50, et après avoir travaillé moins de deux ans à la Banque Royale, Réjean Traversy débute sa carrière de tenancier à plein temps. Quelques années plus tard, son père Henri décide de prendre sa retraite. Comme son frère et sa sœur ne sont pas intéressés à prendre le relais, il prend la décision, avec sa conjointe Denise Demers, de se porter acquéreur l'entreprise familiale en 1962.

LA BELLE ÉPOQUE

Antérieurement à l'inauguration de l'autoroute 20 (27 novembre 1964), les gens qui devaient faire le trajet Montréal-Québec devaient emprunter soit le Chemin du Roy ou la route 132 sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent. Alors il n'était pas rare que les « commis voyageurs » et personnalités bien connues de l'époque fassent une halte à Pierreville pour une nuitée à l'Hôtel Traversy. Notamment, le docteur Armand Frappier, celui-là même qui a fondé l'Institut de microbiologie et d'hygiène de Montréal, aujourd'hui le Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologie, était un client régulier.

Outre les gens de passage, de nombreux amateurs de chasse et pêche étaient référencés par les guides locaux, les membres des familles Desmarais et Boucher notamment. En plus des nuitées, les clients pouvaient profiter d'une salle à manger avec menu local, de la section du bar et de la salle La Sarcelle au sous-sol où l'on pouvait assister à des prestations données par quelques vedettes bien connues. Avec le concours de Mouffe, des artistes tels Tex Lecor, Claude Landré ou Roger Baulu se sont produits dans cette salle. D'autres personnalités comme Pierre Lalonde et Max Gros-Louis furent des clients réguliers, et lorsque le registre affichait complet, des gens comme Maurice Richard ou son ami Serge Deyglun furent conviés à passer la nuitée dans la maison de campagne.

L'Hôtel Traversy possédait l'une des dernières licences permettant à un bar de vendre de la bière pour apporter. En fait, ce genre permis existait bien avant que les épiceries et les dépanneurs puissent vendre de la bière. À l'époque, les clients venaient à l'hôtel pour chercher leur caisse de bière et les gens affluaient des villages environnants pour s'approvisionner, il existait même un service de livraison à domicile.

Si d'un côté de l'édifice on s'amusait bien en participant aux tournois de billard, concours de marteau et autres activités organisées dans la partie du bar, la salle à manger quant à elle servait régulièrement de mini centre des Congrès. La Chaîne des Rôtisseurs, les Chambres de commerce et Club Optimistes entre autres y tenaient leurs soupers rencontres. Tandis qu'au sous-sol les réceptions de mariage, orchestres et professeurs de danse se succédaient.

L'HEURE DE LA RETRAITE ARRIVE

Le couple Traversy-Demers se comptent choyés d'avoir eu la chance de rencontrer tous ces gens durant ces quelques 36 années passées à diriger cette place d'affaires qui était considérée comme une institution pour la région de Pierreville. Ils sont également reconnaissants envers tous les membres du personnel, des gens dévoués dans l'exercice de leurs fonctions, qui les auront bien aidés pendant tout ce temps. Toutefois, arrive un jour où l'on se doit de passer la main et c'est en mars 1988, à l'occasion de la vente de l'Hôtel Traversy, que sonnera l'heure de la retraite.

Cet édifice qui semblait pourtant être trop grand pour les observateurs de l'époque lors de sa construction devenait au fil du temps trop exigu au goût du jour et selon les normes contemporaines. Seulement les plus âgé(e)s en conservent assurément des souvenirs impérissables.

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