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LA TRIBUNE LIBRE

Élections provinciales 2022 — Il faudra un jour se pencher sur la question

Les disparités entre le vote populaire et la répartition des sièges sont plus que jamais mises en lumière.

ElectionsSource : Élections Québec

Par Alain Dubois [13/10/2022]

Lundi le 3 octobre dernier, le Québec s'est prononcé en reportant au pouvoir la Coalition Avenir Québec avec pas moins de 90 députés sur les 125 circonscriptions de la province. Un mandat clair pour l'équipe du premier ministre François Legault. Pour ce qui est des 35 autres députés de l'Assemblée nationale, leur répartition soulève plus que jamais des interrogations sur le mode scrutin uninominal majoritaire à un tour.

Lors de la campagne électorale de 2018, le futur premier ministre avait alors plaidé pour une réforme du mode de scrutin, seulement comme d'autres gouvernements avec lui, une fois installé aux commandes il est plus difficile de convaincre son groupe de députés de faire place à une nouvelle formule du scrutin qui inclurait une part de la députation qui serait attribuée selon l'ensemble du vote populaire, que ce soit par région ou pour l'ensemble de la province.

Depuis toujours, tant à l'échelon provincial que fédéral, on a eu des scrutins qui se soldaient par l'élection des bleus ou des rouges. Côté rouge, on a le parti libéral. Pour les bleus, c'est le parti conservateur, avec ses différentes façons de le nommer au fédéral alors qu'au Québec la teinte bleutée fut attribuée d'abord aux conservateurs lors des premières législatures, puis à l'Union nationale, au Parti québécois et aujourd'hui à la CAQ.

Il existe toujours des tiers partis qui réussissent à élire une poignée de députés. Comme on peut le voir, il est tout de même possible qu'une nouvelle formation politique puisse émerger et former un nouveau gouvernement. Habituellement c'est par la fusion de différents partis qu'ils réussissent à se hisser au rang de réel prétendant.

Avec le résultat de la dernière élection, les disparités entre le vote populaire et la répartition des sièges sont plus que jamais mises en lumière puisqu'au lieu de voir deux partis principaux se faire la lutte avec un parti à la remorque, ce n'est pas moins de 4 différents partis politiques qui auront accumulé autour de 600 000 votes.

SUFFRAGE UNIVERSEL PROPORTIONNEL INTÉGRAL OU AVEC SEUIL OU QUOI ENCORE

Avant même la fin de la soirée électorale, enfin nos chefs de pupitre se sont surpassés en déclarant la CAQ élue majoritairement avant même qu'on ait eu le temps de piger dans le bol de chips, les appels à une réforme du mode de scrutin se sont multipliés. Puis le lendemain, nombre de personnes se sont exprimées en faveur d'un changement, parfois en y allant de beaux bricolages pour nous démontrer l'absurdité du résultat obtenu la veille et en énumérant des pays qui avaient récemment effectué de tels ajustements à leur modèle de scrutin. Oui il y a eu changements, seulement il faut voir ce qui en a résulté. Un bon monsieur citait le modèle australien, pourtant rien de nouveau contrairement à ce qu'il évoquait, qui en est un de vote obligatoire et préférentiel. Autrement dit, on doit numéroter par ordre de préférence les candidats de notre choix et le décompte aura autant de tours qu'il faudra jusqu'à ce qu'un candidat obtienne 50% + 1 des votes. Alors votre choix initial sera finalement transféré au candidat de second ou même cinquième choix selon l'allure du vote. Et n'oubliez pas un nombre en chemin car le bulletin de vote sera annulé. Pour ceux qui croient que leur vote ne compte pas ici, dans l'autre hémisphère il se peut que votre vote soit attribué à votre adversaire si vous vous trompez dans l'isoloir.

Le mode de scrutin proportionnel intégral n'est pas une option, plusieurs pays utilisant ce système se retrouve aux urnes pratiquement tous les ans puisque les coalitions se dissolvent régulièrement. Comme le propose Jean-Pierre Charbonneau, président du Mouvement Démocratie Nouvelle, un scrutin proportionnel avec seuil serait une solution souhaitable. Le projet de loi 39 fut déposé mais malgré un fort appui de la députation, il n'a pas franchi l'ultime étape pour être mis en vigueur.

Promesse rompue de la part du premier ministre... oui. Est-il le seul à devoir être blâmé ? J'en doute puisque son caucus a sûrement son mot à dire dans ce débat. Et pourquoi rester fermé sur une remise en chantier dudit projet de loi ? J'entends encore une fois ses députés se dire : après moi le déluge.

Mis à part le Parti libéral, qui a tout à perdre dans une réforme du mode de scrutin puisque son vote s'est concentré essentiellement sur la région montréalaise, d'autres partis doivent envisager des scénarios moins roses que ce qu'ils envisagent. D'autres partis pourraient voir le jour, des partis avec des revendications bien précises qui s'aligneront vers une région, une religion, contre un projet de loi en particulier. Déjà deux partis anglophones sont apparus lors de la dernière élection, tandis qu'une frange de Québec solidaire est essentiellement contre la loi 21 sur la Laïcité de l'état. D'ailleurs il faudrait demander aux porte-paroles du parti quelle est leur position sur les manifestations des femmes iraniennes qui se déroulent depuis la mi-septembre déjà.

Chose certaine, il faudra un jour se pencher sérieusement sur la question. Toutefois ça fait quelques décennies que le débat est lancé et aucun gouvernement au pouvoir, autant provincial que fédéral, minoritaire ou majoritaire, n'a voulu s'y résoudre même s'ils ont tous touché aux lois électorales.

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