L'annonceur

CHRONIQUE

Trois petits tours et puis s'en vont

Lors de la première bordée de neige, dehors je suis allé pour me laisser caresser le visage par ces moelleux flocons tombant paresseusement au sol.

Marc_MeilleurPHOTO MARC MEILLEUR

Par Mario Courchesne [10/12/2020]

L'âge de raison

Dernièrement, mon petit-fils a eu sept ans. Adieu candeur, pureté et innocence de la petite enfance, bienvenue mon ti-homme dans l'univers pas toujours raisonnable des grands garnements. Soit sans crainte, même si tu as perdu quelques dents de lait, ce n'est pas ainsi que meurs le petit être qui t'habite puisque toute ta vie durant il t'accompagnera lors de ce périlleux, mais ô combien fantastique voyage de la vie terrestre.

La chance t'a souri mon petit snoreau, tu as été désiré par des parents qui t'aiment. Tu es dorloté, chouchouté, gâté pourri comme ton pépère l'a été. Ta vie est portée vers le bonheur. À toi d'en profiter. Si tu jettes un oeil autour de toi, tu remarqueras qu'il y a un trop-plein de mal-aimés qui n'ont pas tiré le bon numéro de cette loterie humaine. Ils n'ont pas demandé à venir au monde privé de tendresse pour se retrouver négligé et abandonné à tout vent.

Les sentiers pour atteindre cette sensation des doux frissons sont pavés d'aubépines des plus épineux qui peuvent blesser et meurtrir à tout jamais l'âme de ces petits êtres sensibles et fragiles. Puisque nous avons été choyés, il n'en tient qu'à nous mon ti-homme pour partager ce débordement d'amour qui daigne nous habiter. Alors, préparons nos baluchons et partons à l'aventure ! Grosse tournée mondiale de câlins et de bisous en vue, mais à deux mètres de distance. Pour un petit bout encore. Courage ! Nous vaincrons !

Le bonhomme

Lors de la première bordée de neige, dehors je suis allé pour me laisser caresser le visage par ces moelleux flocons tombant paresseusement au sol. Pendant cet état de bien-être, mon attention fut attirée par des cris de joie. Les deux enfants de mes voisins, Sogalie et son petit frère s'amusaient follement à se tirer des boules et à façonner un beau bonhomme de neige.

Le lendemain, je croise mes voisins qui me racontent la mésaventure que leur fille a vécue durant la soirée. Assise devant son ordinateur, en train d'échanger, grâce à Zoom, avec une amie de classe de l'information pour un travail scolaire, est apparu dans son écran, comme par magie, un abominable homme des neiges. Il commença tout doucement en lui disant allô, comment ça va ? Tu es tellement mignonne. Est-ce que ça te tenterait que l'on fasse plus connaissance, que l'on devienne des amis intimes et qu'on échange de beaux vidéos ?

Sogalie, jeune fille très dégourdie pour son âge, a été bien avisée par ses parents de se méfier de ses enjôleurs de beaux parleurs sur internet qui utilisent le charme pour proposer à des enfants des situations et des postures indécentes. Douée d'un talent de mime, digne du grand Marceau, elle lui a présenté avec sa binette attachante toute la gamme d'émotions existant sur terre. L'expérience fut telle que le vilain bonhomme, sidéré, hypnotisé a été transformé par sa performance. Il lui a dit merci de l'avoir guéri de son horrible déviance. Fiction vous pensez, petit miracle de la vie je vous dis.

La mendiante

Je m'apprêtais à cuisiner lorsque, que vois-je, qui est-ce, entre chien et loup, qui s'amène vers la maison ? Ben oui, c'est bien elle, la mendiante. Jadis dans nos campagnes, les quêteux étaient monnaie courante et de mémoire d'homme jamais je n'ai vu de quêteuses parcourir la province pour quémander pitance et crèche pour la nuit. Phénomènes malheureusement trop fréquents de nos jours dans la grande métropole.

Flash historique

Bien avant que je naisse, s'arrêtait chez nous, souvent une semaine durant, un personnage qui a marqué à tout jamais la mémoire de ma famille. Le quêteux Lapierre. En plus d'aider aux divers travaux de la vie sur une ferme, il devenait possédé, non pas par le diable, mais lorsqu'il s'assoyait devant le piano. Il savait en jouer de façon remarquable. De grandes compositions classiques, Chopin en tête, aux beaux airs populaires. J'aime bien imaginer la scène dans le grand salon, toute la maisonnée absorbée par la musique du maître, mais surtout ma mère Yvette qui elle aussi jouait très bien du piano. Je la vois, tout émue, transportée au septième ciel, la larme à l'œil admirant les prouesses pianistiques du fameux quêteux Lapierre.

Revenons donc si vous le voulez bien à la mendiante qui se présente timidement, tête baissée à la porte. Entrez donc, assoyez-vous. Vous avez un petit creux, avez-vous soif ? C'est lorsqu'elle ose me regarder de ses grands yeux noirs que je réalise qu'elle est enceinte et va accoucher incessamment. Pas le temps d'appeler un professionnel de la santé, je lui tire une couverture sur le divan, l'invite à s'y coucher et le travail commence. Ce fut court, quelques contractions à peine. Comme on dit, elle a accouché comme une chatte, trois beaux petits minets déjà tout grouillants de santé. Le son musical à peine perceptible de leurs miaulements, qui réclamaient vivement un téton, entremêlé au ronron de la mendiante, résonnait comme le célèbre Alleluia du Messie de Haendel. C'est vous dire. Ça doit être ça la magie des fêtes. J'ai donc abandonné l'idée de faire des tourtières pour plutôt préparer une litière. Famille d'accueil oblige. On mettra quatre couverts supplémentaires. La table était mise. Ce sera notre souper de Noël.

Oups, excusez-moi, le téléphone sonne !

Ah, c'est un texto de mon petit-fils. Regarde pépère, à la fenêtre, lueur d'espoir à l'horizon. Dans pas long les jours rallongeront. Bye ! Je t'aime !

Note : Le titre est extrait de la chanson, Ainsi font, font, font, auteur anonyme, 15e siècle

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