L'annonceur

RÉGIONAL

Culture hors-sol: une solution d'avenir

Profiter de la hauteur des bâtiments, un espace qui n'est pas exploité, ce qui consiste en une petite révolution en soi.

Jardin rotatifYannick Desmarais et Alexandre Thibault.
PHOTO ALAIN DUBOIS

Par Alain Dubois [07/11/2021]

L'agriculture a connu de grandes transformations au fil du temps. Fini le temps des jardins et parcelles de terrain à échelle humaine. Les grandes cultures sont la norme, les serres allongent la période des récoltes, la recherche amène sans cesse de nouvelles générations de produits adaptés à notre climat.

En ce qui a trait aux nouvelles technologies, on est de plus en plus familier avec l'hydroponie. Un procédé qui permet de cultiver dans des locaux tout au long de l'année mais qui demande une grande quantité d'énergie et des systèmes à la fine pointe de la technologie pour assurer une récolte uniforme. Moins connue est l'aéroponie, dérivée de cette dernière technique mais qui n'utilise que l'eau pulvérisée pour apporter les nutriments à la plante au lieu d'utiliser des substrats. En fait, les racines de la plante sont hors-terre, l'observation de l'évolution des racines étant à l'origine du développement de cette technologie.

Autrefois tout aussi gourmande en énergie, l'aéroponie était moins populaire comme type d'agriculture alternative mais cet état de fait pourrait bien changer très bientôt grâce aux efforts de deux entrepreneurs de la région: Yannick Desmarais et Alexandre Thibault.

Poursuivant les efforts de leur ami Maxime Bouchard d'Alma , les deux gars du coin en mis au point un système simple mais réellement efficace et prometteur. Et tout a été pensé pour les économies d'énergie, d'espace et d'accès aux plantes pour la manipulation et la cueillette.

FAIRE POUSSER SUR LES PLANS HORIZONTAUX ET VERTICAUX

Le concept est en fait une tour verticale rotative, avec des sections empilables, éclairée avec des lumières LED spécialement conçues pour permettre de recréer l'éclairage naturel du jour et irriguées par l'intérieur du cylindre par la pulvérisation de l'eau à laquelle on ajoute les nutriments nécessaires pour la ou les plantes qu'on désire faire grandir. Que ce soit pour les boutures, les plus petits plants ou les plantes matures ou de plus grands formats, différentes tours pourront faire le travail. Et pour la maison, des formats de tours hybrides permettront d'effectuer des transplantations. Ici l'opération consistera tout simplement à déplacer une plante dans un réceptacle un peu plus grand sur cette même tour.

De mémoire, la circonférence d'une forme circulaire équivaut à 2 X 3,1416 X R où R est le rayon du cercle. Comme l'explique Yannick Desmarais: « Si je prends une feuille de plaqué de 4' par 8', que je lui fais prendre la forme d'un cylindre et que je trouve un moyen de faire pousser des plantes sur plusieurs rangées en hauteur, je sauve beaucoup d'espace ou je vais être capable de cultiver un nombre beaucoup plus élevé de plantes dans le même espace. L'idée est de profiter de la hauteur des bâtiments, un espace qui n'est pas exploité », ce qui consiste en une petite révolution en soi.

ÉCONOMIE D'ÉNERGIE, D'EAU ET UNE MULTITUDE D'AVANTAGES

Pour Alexandre et Yannick, qui ont travaillé ces 3 dernières années au développement de l'invention, souvent par essais et erreurs, nul doute que leur invention apporte de multiples avantages à l'agriculture non conventionnelle.

Il estime qu'on peut sauver jusqu'à 90% de l'eau potable nécessaire. Puisque le système recircule l'eau, qu'elle n'est pas absorbée par la terre et ne s'évapore pas au soleil, il nécessite une quantité minimale d'apport en eau, une denrée qui se raréfie en période de chaleur intense. Et puisqu'on n'utilise pas de terre ou de substrats, l'utilisation des herbicides, pesticides et insecticides sont rendus pratiquement inutiles.

Comme les engrais et fertilisants utilisés se retrouvent tous dans l'eau, seul apport nécessaire à cette forme de culture, des économies pouvant aller jusqu'à 75% peuvent être réalisées de ce côté également. De plus, par sa nature, le système facilite le contrôle des maladies et puisque la tour tourne sur elle-même, les tâches nécessitant moins de déplacement facilitent grandement le travail tant pour les professionnels que pour l'horticole amateur qui dort en nous. Que ce soit pour l'exploitation à grande échelle ou pour le jardin à domicile, les avantages s'y appliquent tout autant qu'ils soient.

AUTONOMIE ALIMENTAIRE

Il n'y a que quelques mois à peine où le gouvernement du Québec annonçait des investissements importants pour que la province se dote d'infrastructures pour diminuer sa dépendance aux importations d'aliments durant la période hivernale. La présente pandémie, avec ses inconvénients apportés par la fermeture des frontières aura eu l'effet d'un électrochoc et permis de constater qu'on se doit comme société de faire en sorte de réduire là où c'est possible nos besoins d'importer des denrées de nos voisins. Ce constat s'est fait un peu partout sur la planète, même dans des pays au climat beaucoup moins propice pour l'agriculture.

L'invention de nos entrepreneurs locaux pourra sans aucun doute aider dans l'atteinte d'une forme d'autonomie alimentaire pour notre province, mais appliquée à une plus petite échelle, des régions éloignées pourraient réduire leur dépendance et diminuer d'autant les frais pour le transport.

UN POTENTIEL ÉNORME POUR UNE CONCEPTION ET FABRICATION ENTIÈREMENT QUÉBÉCOISE

Difficile de faire une énumération exhaustive de tous les bénéfices potentiels de cette invention. Juste en discutant avec les concepteurs des Jardins rotatifs, on entrevoit des possibilités d'économies et d'efficacités accrues dans plusieurs domaines, que ce soit au niveau de la production, de l'autonomie des communautés ou des déplacements occasionnés par l'approvisionnement. On peut même penser à des volets éducatifs ou de recherches... et je suis convaincu que chaque lecteur trouvera ses propres avantages auxquels je n'ai pas songés.

La production des systèmes, dont la fabrication de chacun des éléments est confiée à des entreprises québécoises comme le tiennent à le souligner les concepteurs, fut mis en branle il y a peu de temps. On se doit déjà chez Les Jardins rotatifs de gérer une croissance qui s'annonce costaude, et ce n'est qu'un début puisque des brevets internationaux sont toujours en attente d'homologation.

Bien que les premières installations furent principalement effectuées en entreprise, bientôt les consommateurs pourront se procurer le système chez certains détaillants. On en saura un peu plus incessamment puisque tout se passe si rapidement pour l'entreprise qu'ils ont dû s'entourer de mentors et d'une équipe de gestionnaires aguerris pour les aider dans le développement de ce projet qui pourrait révolutionner la façon dont on s'approvisionne en: fraises, salades, tomates, fines herbes, etc.

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